Machines d'échecs dédiées


Des années 77 à la fin des années 90, les machines dédiées ont connu un franc succès commercial. D'un côté, les joueurs qui trouvèrent l'occasion de s'entraîner et de disputer des parties sans se rendre au Club, de l'autre, des centaines de milliers d'amateurs plus ou moins avertis heureux de pouvoir jouer aux échecs en solitaire !

Pendant les 4 ou 5 premières années d'existence, les machines dédiées ne remplirent pas vraiment leurs rôles au près des joueurs confirmés, leurs niveaux correspondant plus à celui de joueurs vraiment faibles, voir d’un débutant . Mais rapidement, il devint évident qu'il faudrait compter sur elles à bien d’autres niveaux...

Atteignant vers 1995, pour les plus évoluées, des performances comparables à celles d'un Maître, les machines dédiées furent progressivement éclipsées par les programmes tournant sur PC. Le marché des machines dédiées s’est donc étiolé à partir de cette date, sans disparaître totalement.




Premiers pas
La première machine commercialisée fut, paradoxalement, très aboutie au niveau de la présentation avec un échiquier et des pièces contrairement aux machines simplifiées avec touches et diodes qu’il fallait accompagner de son échiquier. C’est la marque américaine Fidelity qui l’introduit en 1977. Ron Nelson était son programmeur. La machine jouait à peine mieux qu’un débutant elle est estimée à moins de 1000 elo !.... Il est bien difficile de trouver cette antiquité à moins de 400 euros d’occasion, les 1000 euros avec boîte d’origine et parfait état sont tout à fait plausible.

Chess-Challenger-1
Le Fidelity Chess Challenger 1 de 1977
Document original et nombreux commentaires : © Chess Computer UK

Dans la foulée, deux marques proposèrent des machines, Novag (basée à Hong Kong, toujours en exercice ! ) et Applied Concepts (1978-1984). Des niveaux un peu comparables avec une présentation nettement plus « cheap » pour le Novag. Visitez sans hésiter le site de Daniel Collin, Boris is King, un passionné qui vous dira tout sur la saga des fameux Boris ! On trouvera également quelques machines au look préhistorique chez les marques Commodore et CompuChess.

Boris-+-MK1
Applied Concepts Boris et Novag Chess Champion MK1 en 1978
Document original Boris : © Boris is King,
Document original MK1 : ©
Chess computer UK



L’âge d’or.
A partir de 1980, le marché s’installait avec 4 acteurs principaux : Fidelity Electronics, pionniers vainqueur du premier championnat du monde des machines avec les époux Spracklen qui remplaçaient R. Nelson (programmeur des premiers Chess Champion); Novag commercialisant rapidement de bonnes machines à des prix abordables avec l’aide de D.Kittinger, Hegener & Glaser, entreprise allemande plus connue sous le nom de Mephisto qui s’adjoindra les compétences de plusieurs grands noms de la programmation (Lang, Morsch, Schröder...) pour concurrencer (avec succès) les top de Fidelity. Sans oublier Scisys (qui deviendra Saitek à partir de 86) axé comme Novag sur le rapport qualité prix, mais capable également de présenter des machines plus haut de gamme, parmi les meilleures du marché.
Côté nouveautés, c’est le feu d’artifice : introduction des machines à plateaux sensitifs puis auto-répondeur (même pas besoin d’appuyer sur les cases !), de superbes plateaux en bois, des machines parlantes sans oublier le clou du spectacle : les robots qui déplaçaient les pièces tout seul ! Plus bas dans l’échelle, introduction à partir de 1982 et pendant au moins 10 ans de nombreux modèles grand publique d’un coût entre 200 et 300 euros (c’était des francs à l’époque donc environ 1500 francs) estimés entre 1400 et 1700 elo.



Grnd-Illustr'

1 CC8 Fidelity, le premier plateau sensitif : un appui, « la Tour » est jouée....
2 Pièces aimantées et sensor sous le plateau, plus besoin d’appuyer sur le plateau. Déplacer naturellement la pièce, la machine comprend et répond !
3 Le Novag Robot adversary : une rareté peu fiable mais fort prisée par les collectionneurs... © Novag
4 Le marché de masse donnera naissance à de nombreux produits honnêtes et abordables.
© wiki schach-computer.info
5 Le luxe naturellement présent sur les meilleurs programmes du moment. © schachcomputer.at
6 La Brikett Mephisto, un best sellers du début des heigties.
7 Les machines de voyage ont aussi connu leur heure de gloire.


Grandeur et décadence.
En dehors du talent des programmeurs, la force des machines tient beaucoup aux capacités des processeurs qui leur sont alloués. Les fabricants ont donc suivi l’évolution de leur technologie passant de petits processeurs tournant à 2 Mhz, voir moins, à la génération 6502, puis H8 puis à la série des 68000 Motorola cadencés à plus de 30 Mhz pour un gain théorique de plus de 200 elo à programme identique. Vers 94-95, l’escalade donnait naissance aux fameux TASC armés de processeurs 32 bits à 40 Mhz, puis plus récemment aux Resurrection de Phoenix Chess System qui incorpore un véritable petit ordinateur capable de faire tourner des programmes PC sur des machines dédiées hyper haut de gamme.

Haut-de-gamme
1 Début 90 arrive le temps du dernier chef d’oeuvre des époux Spracklen pour un peu moins de 1300 € et 2300 elo à la clé ! : Fidelity Elite V11 68060 © wiki schach-computer.info
2 Avec la Wondermachine (1993), Mephisto franchit le pas entre machine dédiée et ordinateur intégré dans un plateau... Le programme Genius de R.Lang tourne sous 66 Mhz mais, pour le prix d’une automobile, il butera tout de même sur la frontière des 2350 points. © wiki schach-computer.info
3
Le Revelation de Phoenix Chess System cadencé à 500 Mhz, disponible avec des tops programmes PC tels que Rybka, Toga, Deep Sjeng. L’arme absolue dans l’univers des machines dédiées. Coût : 2650 € © Phoenix
4 En 1993 apparaît le Tasc R30. Son processeur tournant à 30 Mhz lui permet d’afficher un elo supérieur à 2350. Un must ! © Tasc R30




Plus de frontières.

La création de plateaux d’échecs sensitifs à connecter sur un ordinateur, l’apparition de micro-portables puissants et abordables, la généralisation des programmes d’échecs pour PC ont changé la donne. Du coup, quel intérêt présente une machine dédiée face à cette combinaison qui permet de jouer sur un magnifique plateau avec des centaines de programmes différents, affichant des performances nettement supérieures ?!
La réponse se trouve dans le coeurs des quelques aficionados de la machine d’échecs électronique, celle d’un parfum irremplaçable, mélange de nostalgie et d’émerveillement pour une époque si proche, mais déjà si éloignée... L’amour a des raisons que la raison n’a pas.

DGT board2



Le DGT chess board à connecter sur l’ordinateur.
© DGT home site

Organiser des tournois entre les logiciels, trouver le bon niveau pour disputer une partie avec la machine, comparer les styles.... tout un programme !