LES PROGRAMMEURS



A l’origine de tous ces programmes et autres machines d’échecs : les programmeurs.
Dix ans après le début du 21 éme siècle, ils sont des milliers à savoir comment fabriquer un programme d’échecs avec plus ou moins de réussite. Pour la grande majorité, se reposant naturellement sur les travaux antérieurs, leur réalisation joue à un niveau très correct. Cela ne retire en rien le respect que nous pouvons avoir pour ces derniers, mais dans les années 80, ce travail n’avait rien de comparable. Les premiers informaticiens ne disposaient que de très peu d’informations sur le sujet et, de plus, devaient réaliser leurs travaux sur des machines incomparablement moins puissantes passant par des langages moins conviviaux
Quoi qu’il en soit, moi qui ne suis pas informaticien pour un bit et joueur d’un niveau bien inférieur aux bons programmes, j’ai toujours été fasciné par les pionniers et autres grands noms de la programmation d’échecs électroniques. Je tenais donc à vous faire profiter de ce résumé des infos disponibles sur un sujet qui concerne, enfin, les hommes, plutôt que les machines...




Larry.Atkin - David.Slate

Atkins Slate Slate
Atkin

Fin 60 début 70, ces deux américains feront partie des pionniers en créant le fameux programme Chess, futur champion du monde des programmes.
https://chessprogramming.wikispaces.com/Larry+Atkin

Arlazarov-Vladimir__Ushkov-Alexander__Donskoy-Mikhail.1980.102645411.MONTY_NEWBORN_src.lgArlazarov, Ushkov, Donskoy
(crédit photo http://www.computerhistory.org/)
Informaticiens russes à l’origine de Kaïssa qui débouta les programmes US lors du premier championnat du monde des ordinateurs en 1974.
https://chessprogramming.wikispaces.com/Vladimir+Arlazarov


Kate & Dan Spracklen

Spraklen
Kate et Dan Spracklen devant l’échiquier.

Les époux Spracklen ont marqué l’age d’or de la commercialisation des programmes et des machines d’échecs électroniques. Auteur du fameux Sargon (1978), ce couple américain décroche une victoire nette au premier championnat du monde des machines d’échecs en 1980.Grace à eux, durant des années, la marque Fidelity a su résister aux programmes de plus en plus compétitifs de leur grand rival, l’allemand Hegener & Glaser (Mephisto). Ils sont à l’origine de bien des évolutions comme le principe des Hash Table et de la fonction d'auto apprentissage.
Kate est à l’origine mathématicienne, son mari informaticien. Tous d’eux joueurs d’échecs, seule Kate Spracklen les a pratiqués en compétition.
Lors d’une confrontation avec une des premières versions de Sargon et des fameuses soeurs Polgar, très jeunes joueuses à l’époque mais déjà d’un excellent niveau, à la question : 
«  Alors, ont-elles battu votre machine ? », Kate Spracklen répondit :
« Bien sûr que non ! Elles ne l’ont pas battu, comment pouvez-vous imaginer une chose pareille ?... ce ne sont que des enfants : elles l’ont assassiné, elles l’ont mis en pièces, elles l’ont massacré ! » Et le commentateur de conclure : je n’avais jamais vu un programmeur aussi heureux d’assister à la défaite de son programme !
Les Spracken se sont arrêtés de travailler dans l’univers des échecs électroniques en 1992, après avoir tenté de reprendre le titre qui échouera finalement à Ed Schröder.


Richard Lang

R.Lang

Les programmes de cet anglais né en 1955 s’octroieront 6 titres de suite au Championnat du Monde des Machines d’Echecs Electroniques ! Un palmarès unique obtenu entre 1985 et 1990. Le nom de Lang apparaît en 1981 au Championnat Européen à la première place pour son premier tournoi. Ce scientifique, qui n’était ni informaticien, ni joueur d’échecs de haut niveau venait de décrocher le titre avec Cyrus, un programme réalisé en amateur, pour le plaisir, bouclé en quelques mois et tournant sur un petit processeur !....
C’est en s’inspirant du livre -Sargon the chess programm- des époux Spracklen (voir plus haut) que tout a commencé, mais de son aveu même : «  ...comprendre les algorithms d'échecs est quelque chose que vous avez en vous ou n'avez pas. Je crois que je fais simplement partie des gens qui sont doués pour cela » (interview tiré de Chesscomputer UK) .
Tout de suite repéré par les professionnels proches du marché naissant des machines dédiées, il entame sa nouvelle carrière au cours de laquelle il décrochera un autre trophée exceptionnel : son programme Chess Genuis 2.6, tournant sur pentium 90 Mhz sera la première machine à battre Garry Kasparov en partie semi-rapide (30 minutes). Exploit réalisé à Londres en 1994, 3 ans avant le célèbre match contre Deep Blue !... Il décrochera une perf’ de 2795 elo dans ce même tournoi : rien que ça...
En dehors de la première version de Cyrus, Lang n’a pas hésité à s’entourer de joueurs de haut niveau (MI) pour la réalisation de ses programmes. A présent, profitant de son talent pour faire fonctionner des logiciels d’échecs perforamants sur des processeurs modestes sans tonnes de mémoires à la clé, il s’est tourné, avec succès, sur des applications d’échecs pour Palm, iphone ou autres téléphones portables, tous commercialisés sur son site : http://www.chessgenius.com/


David Kittinger
David_Kittinger

Si l’on ne doit citer qu’une dizaine de personnalité ayant marqué l’histoire des programmes d’échecs, l’américain Dave Kittinger en fait obligatoirement partie. Pourtant, parmi ces noms, il sera l’un des seuls à n’avoir jamais remporté un seul championnat international ! Des classements élogieux, certes notamment celui de 1979 des programmes Nord Américains devant Sargon, des podiums certes, avec deux 3éme place en 81 et 83 aux championnats du monde, mais pas de première place dans un grands tournois majeurs (1).
Pourtant, en 1984, le Super Constellation (Novag), une machine dédiée signée Kittinger, marquera les esprits avec son style « intuitif » et sa capacité, très rare en 1984, de choisir des sacrifices pour trouver une position avantageuse. Ce programme réalisera de nombreuses performances dans les tournois Homme/Machines avec des perf’ à plus de 2000 elo : énorme pour l’époque ! Les réalisations de Kittinger ont toujours séduits les joueurs pour leur capacité à jouer « humain » et pour leur faculté d’improvisation tactique tournée vers l’offensive. Historiquement, c’est en 1978, résidant en Alaska et ne trouvant pas de joueurs solides pour le rencontrer, que cet ingénieur en électricité décide de créer son propre adversaire : Mychess....
Il sera bientôt engagé par la firme Novag avec laquelle son nom sera lié pendant plus de dix ans après son retour aux Etats Unis. En dehors de ses réalisations pour les machines dédiées, il est le créateur de Wchess mais aussi des versions Chessmaster 2000 et 2100 pour PC individuels. Il n’est plus dans cette activité depuis la fin des années 90 mais Novag a longuement profité de sa collaboration pour la sortie de machines bien après que leur collaboration se soit arrêtée.
(1) Wchess a tout de même remporté le tournoi des programmes sur plate forme identique à Londres en 1994 devant Hiarcs et Mchess (grille des résultats)


Frans Morsch

Frans Morsch
Ses réalisations sont apparus dés 1987 dans les machines dédiées, fruit de travaux qu’il commercialisera auprès de très nombreuses marques, puisque ce Hollandais né en 1954 a longtemps travaillé comme indépendant. Il est l’auteur de Fritz, le programme pour micro personnel le plus répandu dans l’univers des joueurs de compétitions et des amateurs avertis. Depuis ses premières versions jusqu’à aujourd’hui, Fritz s’est toujours classé parmi les meilleurs, confortant même ses classements élogieux dans les versions les plus récentes (2008/2009). Après avoir remporté un championnat du monde des programmes amateurs en 85, Morsh décroche le titre suprême de champion du monde des programmes dix ans plus tard, en 95, dans une édition relevée, précédant Deep Blue Prototype qui tournait sur une machine IBM à 14 processeurs alors que notre bon Fritz était sur une plate forme équipée d’un pentium 90 Mhz... Dans ses rencontres homme-machine, Fritz égalisait devant Kasparov dans une rencontre en 4 parties, puis battait l’excellent Kramnik 4/2 en 2006.
Déjà réputé pour obtenir des performances tactiques impressionnantes avec peu de moyen (16 K, et sans HashTable) Morsh a su enrichir progressivement ses programmes au niveau de la force en finale et de la stratégie. Performant sur des programmes tournant avec les spécifications techniques limitées des machines dédiées, il a su s’adapter à l’évolution des performances en gardant le leadership depuis le crépuscule des machines dédiées.
Pour info, le site de Fritz : http://www.chessbase.com/products/fritz11/index.htm


Stefan Meyer-Kahlen

Stefan Meyer Kahlen4

Un palmarès époustouflant pour le père de Shredder, programme commercial apparu en 95 intégrant une interface utilisateur dans la veine de Fritz, et tourné comme lui vers les joueurs qui veulent se servir de l’ordinateur bien au delà d’un simple adversaire. Pour résumer : 4 titres de champion du monde de 96 à 2003 (sans compter ceux remportés en blitz...) et dans le top 5 des championnats du monde dans toutes les éditions depuis 2005. Pa mal, non ? !
Dans un interview du Fou Numérique, on apprend que Meyer est devenu un fan du Mac, ce qui me fait personnellement plaisir, mais nous en tirerons d’autres remarques qui vous sembleront sans doute plus intéressantes. Citations (traduction Le Fou Numérique) :
« Je préfère le jeu positionnel avec des parties relativement calme sans trop de grandes complications tactiques. Mes idoles, Capablanca et Kasparov, jouaient comme cela et l'époque ou je jouais moi même, mon jeu était dans cet esprit. Bien sûr, je l'ai transmis à Shredder même si cela a changé dans la dernière version. Shredder n'est plus un joueur purement positionnel comme par le passé, parfois, il peut attaquer puissamment. Ceci étant, j'essaie de ne pas transformer Shredder en un Kamikaze. Ces attaques doivent toujours reposer sur des bases relativement solides, mais il joue à présent nettement plus agressif ».
Autres citations enrichissante : «  Shredder joue de façon la plus équilibrée possible quelque soit la phase du jeu et ses analyses en ouverture anticipent celles du milieu de partie, comme le milieu de partie anticipe celles de la phase finale. Avec lui, un très bon joueur peut jouer l'égalité s'il joue en s'appliquant beaucoup, mais s'il veut gagner, le risque est extrêmement élevé." Avec plus de 3000 elo au compteur
(SSDF), on le croit sur parole ! Enfin, nous avons également relevé : « Je ne crois pas qu'on puisse déterminer quelque chose de raisonnable sur la force de jeu ou les possibilités d'analyse à l'aide de positions de test. Néanmoins les positions de test ont une utilité. Elles peuvent monter où un programme présente des forces ou des faiblesses, mais il faut faire très attention aux conclusions qui peuvent en être tirées ».
Pour info, le site de Shredder :
http://www.shredderchess.com/


Ed Schröder
SchroderShröder brandit le prestigieux trophée en 1992
Né en 1950, ce néerlandais commence la programmation échiquéenne en 1981, comme passe temps, désirant développer un logiciel qui serait capable de le batrre, "...pauvre joueur de 1850 elo..." comme il se plaît modestement à le souligner. Devant les réticenses du « bébé » à faire ce qu'il était censé exécuter, Ed Schröder le baptise " Rebel" se félicitant par la suite, puisque ce nom fonctionne dans d'assez nombreuses langues....
Face aux bonnes prestations du fameux Rebel dans ses premiers concours nationaux, la firme Hegener & Glaser (Mephisto) lui commande un programme pour processeur 6502 dés 1984. Trois ans plus tard sortira le MMIV qui connaîtra un immense succès commercial, largement justifié.
Par la suite, les programmes de Schröder obtiendront deux titres de Champion du Monde (sur micro en 91, et tout type en 92), il signeront également l'exploit de stopper l'hégémonie des programmes Lang, qui gagnaient pratiquement tout depuis des lustres. En 1989, aux premières Olympiades de Londres, Rebel battait le Mephisto de Lang et le FIdelity des Spracklen. Notons toutefois que l’Anglais gagnera l'édition suivante, devant.... Rebel !
Mais, comme le précise Schröder dans ses interviews, ses préférences de compétiteurs iront sans conteste vers les rencontres homme/machine.
Cette passion l’amènera à développer puis implanter dans Rebel une fonction unique, nommée "anti-GM". Ces nouveaux programmes obtiendront d'ailleurs de bons résultats comme en témoigne son 5/3 devant Anand (2750 elo) en 1998.
Cette fonction mettait deux priorités en avant : la recherche d’un jeu positionnel conduisant à des finales gagnantes et surtout, le besoin de garder l'avantage décisionnel pendant toute la partie. Ce gain de la lutte pour l’initiative, tenait à notre concepteur, l’ayant relevé comme un point fort des champions par rapport aux machines.
De ce fait, le style de Rebel (que l'on peut retrouver sous le nom ProDeo en moteur freeware pour Winboard-UCI) est encore considéré comme un des plus attractifs par les joueurs, car l'un des plus "humain".
Avant de conclure ce résumé citons Schröder relevant un point qui nous semble particulièrement important dans l'histoire de l'évolution des programmes d'échecs :
" Un des aspect de la programmation échiquéenne, est que votre programme est en perpétuel changement en fonction de l'évolution du hardware disponible " , donnant des exemples de ce qu’il lui a fallu modifier, parfois sacrifier ou supprimer dans ses programmes en fonction de l’évolution du matériel informatique sur lequel il devait tourner.
Ayant stoppé le développement commercial de Rebel depuis 95-96 (?), Ed Schröder tient toutefois à disposition des passionnés son excellent site :
http://www.top-5000.nl/index.htm

Johan de Koning

Johan de Koning

Originaire des Pays Bas, ce programmeur né en 1965 affiche ses capacités dés sa première apparition dans le tournoi machine du championnat Hollandais, un des plus relevé, prenant la 4 éme place en 1988. Suite à cette perf' la société Tasc l'engage pour la réalisation d'une machine haut de gamme, le fameux Tasc 30 qui verra le jour en 1992. Une machine superbe frisant les 2400 elo, adulée des collectionneurs et qui tiendra très longtemps le haut du pavé des computers d'échecs jusqu'à l'arrivée des Resurrection et autres Revelation, apparus 10 ans plus tard !....
L'attachement des joueurs pour cette machine ne tiendra pas seulement à ses prestations (son plateau « reconnaît » les différentes pièces), son design haut de gamme et sa finition, mais aussi et surtout à son style de jeu. Son programme, The King, s'est toujours distingué par une puissance tactique exceptionnelle doublée d'un caractère farouche d'attaquant. Un style "humain", enthousiasmant, toujours prêt aux sacrifices de pièces pour obtenir l'avantage, y compris un avantage positionnel. Aux dires des meilleurs joueurs, ses sacrifices de pions étant même l'une de ses seules véritables faiblesses...
Dans sa version PC, The King remportera la 4 éme Olympiade des computers d'échecs en 92 et 4 victoires plus un nombre impressionnant de podiums entre 91 et 2003 au Dutch Computer Chess Championship. (lien ici)
En 94, De Koning connaîtra un succès commercial exceptionnel quand il fut choisi pour la réalisation du fameux Chessmaster (PC), décliné rapidement sur pratiquement toutes les plate-formes. Il entamera ce travail avec la version 4000. Nous en sommes à présent à la version 11 et elle se classe encore dans les 20 meilleurs programmes tous confondus, avec un elo à 2760. Un logiciel attractif qui donne la possibilité de choisir une multitude de profils pour son adversaire et qui reste depuis longtemps le programme d'échecs le plus vendu à travers toute la planète alliant le côté ludique, accessible à tous les joueurs, et des prestations intéressantes pour des joueurs nettement plus confirmés.



Mark Uniacke
mark Uniacke

Cet anglais né au début des sixties est l’auteur de HIARCS (pour Higher Intelligence Auto Response Chess System) introduit fin 90 et Champion du Monde des programmes sur micro en 1993. Depuis, HIARCS s’est comporté honorablement mais sans éclats particuliers dans les tournois machine/machine. Il accomplira toutefois un retour en force spectaculaire depuis sa victoire à Paderborn en 2007 (devant Rybka) et sa place de vice-champion du monde en 2008, redevenant l’un des leaders plus de 15 ans après sa naissance !
Mark Uniacke a commencé la programmation très jeune et longtemps mené sa vie professionnelle conjointement au développement de HIARCS, programme réputé pour sa belle agressivité et plébiscité par les joueurs mais aussi par les meilleurs programmeurs, le citant souvent en référence.
Kasparov, qui l’avait utilisé pour s’entraîner avant sa deuxième confrontation avec Deep Blue a dit de lui : «  Hiarcs est plus fort au niveau positionnel que Deep Blue ».
Commencée dés l’age de 16 ans, la programmation échiquéenne de Hiarcs fut bien entendu enrichie par le niveau de jeu de son créateur, l’anglais jouant en club à un niveau d’environ 2000 elo, à savoir un niveau respectable.
Dans un interview publié sur Exactachess, Mark Uniacke, grand amateur des joueurs comme Tal, Kortchnoi, Kasparov et Anand. nous livre son point de vue sur la possibilité de faire évoluer le programme à l’aide de conseils de joueurs d’un niveau élevé : (traduction Les Diodes du Roi)
«  Je suis motivé pour créer le plus fort programme allié à un style de jeu attractif, ce qui veut dire pour moi, incorporer le maximum de connaissances dans le programme sans en altérer sa force. Or, c'est difficile d'isoler et d'extraire la connaissance dans le jeu d’échecs. Les GMI ont cette connaissance, mais ils ont du mal à expliquer en quoi nous pourrions codifier et améliorer cette connaissance dans nos programmes pour qu'elle devienne véritablement effective »

Et d’ajouter :
« ... de plus, c'est à double tranchant car une mauvaise connaissance est pire que pas de connaissance du tout ! »
Sur la question clé des priorités entre connaissance et profondeur de recherche, Mark Uniacke nous livre ainsi un éclairage particulier :
«  Beaucoup de programmes préfèrent se concentrer sur la profondeur de recherche et c'est surprenant de constater combien elle peut se substituer à la connaissance et donner l'impression de remplacer cette connaissance. La connaissance des échecs simule-t-elle la profondeur de recherche ou l'inverse ? Je pense tout de même que cette connaissance doit être présente dans tout le programme et pas seulement dans la fonction d'évaluation ».

Pour info, le site de Hiarcs: http://www.hiarcs.com/index.htm


Tord Romstad
Tom Romstad
Très présents dans le monde de la programmation échiquéenne ce Norvégien fait partie de ceux qui participent activement à la progression de cet univers, n’hésitant pas à faire profiter de son expérience à de nombreux jeunes programmeurs. Son programme Glaurung est un Open Source en constante évolution et présent depuis des années sur la toile. Ses récentes versions se hissent en haut des classements des meilleurs programmes mondiaux et ce freeware se place dans le top 10 sur les deux sites les plus renseignés sur le sujet.
Voici quelques extraits choisis des interviews du pragmatique Tord Romstad : (traduction Les Diodes du Roi)
«  Dans l’évaluation, il vaut mieux se tromper constamment de 10 centièmes de points (centipawns) que d’être juste à 99.9 % du temps et se tromper de 3 points sur le 0.1 % qui reste » ou bien «De nombreux programmes souffrent de bugs et pourraient progresser de plusieurs centaines de points elo en les éliminant. La clé, pour écrire un fort programme, c’est d’y aller prudemment et de tester systématiquement toutes les nouvelles lignes de code. Il faut rester simple et le plus banal possible ».
Pour info, le site de Glaurung : http://www.glaurungchess.com/



Vasik Rajlich
Vasik_Rajlich

Depuis 2006, le programme Rybka tient le haut du pavé dans tous les classements d’échecs électroniques avec une confortable avance sur ses suivants les plus proches, remportant au passage les championnats du monde 2007,2008 et 2009 : Circulez, y a rien à voir !.... Comme de nombreux observateurs le pensent, à l’instar de Stefan Meyer (Shredder, voir plus haut) :
Stefan Meyer : «...Je pense que Rybka fait quelque chose différemment de tous les autres, quelque chose qui fonctionne très bien que personne n'avait trouvé jusque là.. ».
Dans cette hégémonie, le fait le plus rassurant est peut être que le créateur de Rybka est lui même un joueur de classe internationale avec une norme de MI et un elo à 2300 (mai 2009). Son épouse, également championne d’échecs contribue aussi au développement du programme Rybka qui veut dire petit poisson en Tchèque.
Rajlioh est né aux Etats Unis de parents Théques, pays ou il a également passé de nombreuses années. Son programme, très agressif à ses débuts, s’est orienté vers un jeu beaucoup plus sage mais encore plus performant. N’étant pas spécialement orienté sur la profondeur pure ou sur l’attaque du roi, il peut lui arriver de passer sur des maths en x coups que d’autres programmes trouveront, mais son jeu, construit, méthodique, accumulant les petits avantages positionnels, et très performant en finales, n’a pour le moment pas trouvé de challenger susceptible de le déstabiliser, même si Hiarcs à créé occasionnellement la surprise en prenant le dessus au 17th International Thüringer Computer Chess Championship en May 2008.
Non sans humour, Vasik Rajlich dit de lui :
« 
Il y a deux types de gens dans le monde des programmes d'échecs. Ceux qui aiment Rybka ouvertement et ceux qui l'aime secrètement.... ».
Si Rybka comporte un « + » que les autres n’ont pas, son auteur le garde évidemment pour lui, il nous livre tout de même des petites pistes dans une interview publiée sur
superchessengine.com (traduction Les Diodes du Roi)
V.Rajlich : « 
Mon opinion c'est que l'évaluation de Rybka est meilleure que celle de ces principaux rivaux, et très différente, alors que sa recherche est de qualité assez comparable et seulement quelque peu différente. ».
Ces derniers mois, Rajlich qui s’est consacré à la programmation échiquéenne à plein temps depuis 2005, commercialise un package avec Aquarium, une nouvelle interface utilisateur développée en parallèle de son champion qui en est à la version 3 (mai 2009).
On notera que la version 2 est mise à disposition gratuitement sur le site de Rybka (sympa !), donnant à tout à chacun, la possibilité de jouer contre un joueur virtuel de 3000 elo !...
Pour info, le site de Rybka :
http://www.rybkachess.com/


Alexandre Naumov
Naumov
Ce peut être une surprise de retrouver ce Canadien, d’origine Serbe, dans ces pages où ne figurent théoriquement que les « top » programmeurs avec, de plus, quelques absences à la clé.. Mais, en positionnant son programme Naum second dans les deux sites de références spécialisés et en se rapprochant de surcroît de l’ogre Rybka, j’ai trouvé intéressant d’inviter ce relativement jeune challenger (naissance en 1969, premier pas en 2003) dans les pages des Diodes du Roi. Emigré au Canada après ses études en Sebie, Naumov pratique l’humour dans ses interviews même s’il avoue « ... j’ai horreur de perdre et voudrait réaliser un programme qui ne perde jamais !... » Faisant tourner plusieurs machines à temps complet pour tester Naum et le faire progresser, Alexandre Naumov confie qu’il a un grand respect pour les premiers programmeurs et considère que c’est certainement beaucoup plus simple à présent. Il ne cache d’ailleurs pas que les programmes disponibles en open source (Crafty, Fruit, Glaurung) l’ont aidé à progresser et remercie ses auteurs.
Amateur de l’ouverture roi (e5), il pense que l’aide d’un fort joueur pour l’amélioration d’un programme doit être agréable, mais ne la considère pas comme essentielle.
Sur son site
(Naum.Home web site), une version 2.0 de Naum est disponible gratuitement. A force de travail et en suivant la courbe qui l’a conduit à dépasser ses ainés, Naumov sera-t-il le premier à vaincre l’intouchable Rybka ?



Robert Houdart

Robert Houdart

Belge (néerlandophone), la quarantaine (en 2010), cet Ingénieur en mécanique a notamment travaillé sur les problèmes de résistances des infrastructures de centrales nucléaires en cas de crash aérien ou de tremblement de terre. Passionné d'astronomie, quelques soucis d'approvisionnement dans la construction de son propre super télescope l'amènent à reprendre son autre hobbies : la programmation échiquéenne ! Il a commencé la programmation à 14 ans et celle de logiciels d'échecs dans la foulée. Joueur de club d'un excellent niveau (2250 elo), Robert Houdart décide mi-2009 d'utiliser ses 20 ans de travaux personnels sur le sujet et de profiter des centaines d'informations disponibles sur la toile pour réaliser son nouveau programme avec, cette fois, l'ambition qu'il soit à la hauteur des meilleurs du moment. Résultat, Houdini, le plus fort programme sur la planète depuis 2011, détrônant Rybka et résistant aux assauts des meilleurs, de Srockfish à Critter en passant par Komodo, avec, à la clé plus de 3000 !….
En dehors de sa profondeur de recherche et d'excellentes lignes d'évaluation, son concepteur pense qu'Houdini, grâce à un élagage de l'arborescence particulièrement efficace, lui conférant une sélectivité de tout premier ordre, se concentre plus rapidement que ses concurrents sur les lignes les plus prometteuses. Vu la rapidité actuelle des processeurs, ces améliorations débouchent sur une meilleure vitesse de réponse exacte ("le" meilleur coup !). Une caractéristique qui, pour son adversaire humain, fait carrément penser à de l'instinct…
Robert Houdart (traduction Les Diodes du Roi) : "L'art de créer un moteur d'échecs est de trouver la balance entre le risque de passez à côté d'un bon coup et la perte de temps passée à l'analyse de mauvais coups. Avec Houdini, j'ai trouvé un excellent compromis entre les deux. La preuve, c'est que même sur des temps de recherche très courts, il trouve souvent le meilleur coup."
Robert Houdart ne nie pas le fait qu'il s'est inspiré de programmes open source tels que Stockfish, Crafty ou Ippolit sans lesquels Houdini ne serait pas à ce niveau. Il souligne également que, selon lui, les grands progrès réalisés ces dernières années tiennent à la procédure de tests introduite par le concepteur de Rybka (voir plus haut). Il s'agit de lancer en automation des milliers de tests sur plusieurs plate formes, des milliers de parties par jour (!…) en super blitz de 20 à 30 secondes par partie maximum. C'est elles qui serviront à valider ou non les changements apportés au programme. C'est, selon Houdart, une approche qui a permis de faire d'énormes progrès à partir de l'année 2006. Depuis un peu plus d'une année, Houdini est passé en programme payant, mais on peut encore charger une version gratuite 2.0 ( ICI ) dont les performances sont assez proches de la version pro.


Organiser des tournois entre les logiciels, trouver le bon niveau pour disputer une partie avec la machine, comparer les styles.... tout un programme !